Clichés/voyage

L’odeur de l’Inde

 Varanasi Gilles Dallière2008-02-25 à 07-03-26
Photo/Gilles Dallière,Varanasi, Inde 2008
De l’autre coté du Gange, sur un chemin, tout entier de poussière et de boue d’égout, il y a un mur de pierre, avec un haut soubassement, sur lequel un vieux est étendu. Il semble cloué à la pierre. Comme dans un cauchemar, il veut se lever et n’y parvient pas. Il agonise, de toute évidence. Aussi maigre qu’un enfant, la peau tirée par le noeud de ses pauvres nerfs contractés, il se tiens là sur le dos, la nuque sur la pierre, en agitant la tête à droite et à gauche. Son linge est blanc, d’un blanc éclatant, il est complètement nu. Sa poitrine dévastée est tout entière découverte. Sa peau est sombre et rabougrie. De près, je m’aperçois que les mouvements de la bouche, qui semblent l’expression même de la douleur, la convulsion de l’intolérable, sont en fait des paroles. Il chante, ce n’est pas vraiment un chant articulé, mais une lamentation. Du reste tous les chants indiens sont tels. La douleur, l’épouvante, le spasme, la torture, ont trouvé cet exutoire où se cristalliser. Ils échappent à leur intolérable particularité pour s’organiser et presque s’ordonner dans ce pauvre mécanisme chiffré de paroles et de mélodie. Ce n’est guère plus qu’un pépiement qui sort de cette poitrine nue et contorsionnée, de ces pauvres membres parvenus au terme de leur vie physique et pourtant, cela suffit à transformer l’insupportable de la mort en un des innombrables actes désespérés mais tolérables de la vie.

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